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13/08/2016

La Carte postale du jour ...

"S’il reste un secret, c’est à l’intérieur de l’âme qu’il se trouve, dans la longue suite de désirs, de légendes, de masques et de chants qui se mêle au temps et resurgit et court sur la peau des peuples à la manière des épars en été."

- J.M.G Le Clézio, Raga

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Je me souviens que dès la première écoute j'ai adoré cette pop classieuse et chamarrée, mélancolique mais néanmoins épanouie, et, dans un élan soudain, j'ai décrété catégoriquement que Rituals deviendrait mon album du mois.

Je me souviens bien qu'après trois écoutes successives, désespérant de discerner un titre qui sortirait du lot, qui surpasserait et surclasserait les autres par un charisme absolu, je me suis alors demandé si ce disque n'était pas un peu surfait ?

Je me souviens aussi que je suis finalement revenu sur mon second jugement en écoutant le vinyle chez moi, découvrant que le son était tout de même nettement supérieur aux mp3 copiés sur l'appareillage que j'utilise à mon travail, et que, finalement, Other Lives avait tout pour me charmer - particulièrement No Trouble et sa quiétude apaisante, à peine dérangée, sur le fond du tableau musical, par quelques coup d'archets maltraitant les cordes de violons éplorés ...

https://www.youtube.com/watch?v=YwMsPaZIqqQ

 

La route d'un écrivain est parfois sinueuse ; après être passé par feu Le serpent à plumes puis Léo Scheer, Sylvain Prudhomme semble avoir trouvé où poser ses valises, de manière définitive on l'espère, auprès des éditions L'Arbalète Gallimard - et ça lui réussit. On sent bien l'écrivain qui n'est pas à son premier coup d'essai ; l'écriture est toute en nuance : pensée, pesée, posée, elle ne s'emballe jamais, il y a une constance qui fonctionne comme une mécanique bien huilée - d'ailleurs à tel point que cela deviendrait, au fil des pages, un léger défaut, mais seulement très léger. Légende retrace les vies, destins et parcours de plusieurs amis réunis dans ce livre par le souvenir d'un lieu mythique : la Chou, une maison perdue au milieu d'une pinède où se passaient des fêtes dont le succès toujours grandissant, et pour le moins inattendu, l'avait fait se muer, la maison, en véritable boîte de nuit. Les portraits des protagonistes sont attachants, bien faits, tout en douceur, ce qui contraste parfois avec leur comportement, puisqu'il s'agit quand même de "durs" dont la passion est de se taper une bouteille de whisky en entier pour ensuite aller chercher des noises à d'autres "bandes". Il règne dans ce roman / récit une ambiance de fin d'été, de souvenirs fantasmés d'une époque meilleure, plus folle, celle de la jeunesse - on a d'ailleurs presque tous le souvenir d'un été bien précis, celui d'un premier amour, d'une soirée où nous avons dansé sur une musique bien particulière ou que sais-je encore, non ? Et c'est bien cette sensation qui émane de ce texte vraiment bien ficelé ; on s'y laisse prendre, ça glisse, trop même : on aurait aimé, parfois, de-ci delà, quelques aspérités sur lesquelles trébucher... reste que le voyage sur cette route du sud et des souvenirs fut bien agréable - merci l'écrivain.

Extrait de Légende, de Sylvain Pruhomme (publié aux éditions L'Arbalète Gallimard) :

"Et Fabien au milieu de tous comme la pierre angulaire. Fabien l'instigateur de tous les coups, avait dit Toussaint, celui qui introduisait, arbitrait, excluait, lançait des modes, rapportait d'Angleterre un imper cintré que personne n'aurait osé effleurer dans une penderie et qu'à la rentrée suivante un garçon sur deux portait. Fabien le plus imaginatif, le plus téméraire, le plus résolu à appliquer jusqu'au bout l'espèce de programme de vie qu'il était le seul sans doute à s'être consciemment forgé dès ce moment, un programme fait de liberté radicale, d'absolu refus des concessions, de haine des demi-choix, des demi-amitiés, des demi-coucheries. Un programme on ne peut plus sérieux au fond, avait dit Toussaint après un temps pendant lequel ses yeux étaient restés dans le vague, d'une exigence extrême avec lui-même comme avec ceux qui l'entouraient, tout à fait à rebours de l'image qu'on se fait souvent de ces années-là, se méprenant totalement, comme si elles n'avaient été que lâcher-prise, dynamitage des contraintes, abandon à l'instant, débauche.

 La vérité est que nous étions beaucoup plus sérieux qu'à présent, avait dit Toussaint avec un sourire, beaucoup plus radicaux, soumis à un impératif d'audace qui ne tolérait aucun fléchissement, engagés à chaque instant dans l'exploration de nos limites, la lutte contre nos préjugés, le renversement de tout ce qui en nous pouvait s'apparenter à de l'appréhension, des idées préconçues, de la peur. Nous apprenions, avait-il dit. Plus jamais de ma vie ensuite je n'ai autant appris qu'à cette époque."

 

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