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La carte postale du jour...

"Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre."
- Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs

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Je me souviens d'avoir longtemps rangé le premier maxi et le premier album de New Order avec les disques de Joy Division pour former un sorte de triptyque comme en peinture, composé de paires, avec l'album Unknown Pleasures et le 45tours Transmission, puis Closer et le 45tours Love will tear us apart, et, sans la présence de Ian Curtis, Movement et Ceremony, cette dernière étant en quelque sort une suite posthume accouchée dans des conditions plus que particulières, parce qu'il fallait bien continuer.

Je me souviens bien que dans son livre intitulé Joy Division : Piece by Piece, l'écrivain journaliste Paul Morley décrit Love will tear us apart comme la meilleure chanson du monde, puis, une page plus loin, dit de Ceremony qu'il s'agit de la meilleure chanson du monde (comme ça tout le monde est content).

Je me souviens aussi que cette chanson n'a été jouée qu'une fois en live du vivant de Ian Curtis, et qu'après sa disparition, les membres restant du groupe - devenu New Order -, ont du réécouter bon nombre de fois la cassette démo où elle était enregistrée pour pouvoir retranscrite son texte et se le réapproprier correctement, et que dans le cas similaire de la pochette de l'album Closer, très solennelle mais n'ayant aucun rapport direct avec la mort de Ian Curtis, le titre Ceremony renvoie bien sûr au chanteur suicidé alors que c'est une chanson qui parle d'amour, avant tout, et écrite de son vivant :

 

This is why events unnerve me,
 They find it all, a different story,
 Notice whom for wheels are turning,
 Turn again and turn towards this time,
 All she ask's the strength to hold me,
 Then again the same old story,
 World will travel, oh so quickly,
 Travel first and lean towards this time.

 Oh, I'll break them down, no mercy shown,
 Heaven knows, it's got to be this time,
 Watching her, these things she said,
 The times she cried,
 Too frail to wake this time.

 Oh I'll break them down, no mercy shown
 Heaven knows, it's got to be this time,
 Avenues all lined with trees,
 Picture me and then you start watching,
 Watching forever, forever,
 Watching love grow, forever,
 Letting me know, forever. 

https://www.youtube.com/watch?v=tq1m-d5c41Q

Dans ce court roman, qui s'apparente à un monologue intérieur, Bertrand Schefer parle d'enterrement sans jamais prononcer ce mot, auquel il préfère Cérémonie. Dans un style sobre et délicat, il déambule dans Paris et dans Rome, mais aussi dans ses souvenirs, ses années de débauches notamment. C'est aussi une bonne façon de parler du frère, de l'oncle et d'autres personnes encore, d'acheter un beau costume, de parler de l'absente, de comprendre la relation qu'il entretenait avec, d'afficher, à l'extérieur du moins, une peine détachée, jusqu'aux obsèques où il fait ce constat final : il faudra bien continuer. Les éditions POL nous ont habitués à de beaux textes modernes sur la mort - Perfecto de Thierry Fourreau ou, bien sûr, le magnifique Suicide d'Édouard Levé -, et Cérémonie vient s'ajouter à cette liste de publication, pour le plaisir du lecteur pour qui écriture rime avant tout avec littérature, celle-là même qui est l'opposée de l'éphémère et de l'urgence, du temps présent et de l'actualité, celle où l'on peut se perdre, celle de Virginia Woolf (Promenade au phare) ou Julien Gracq (Le Rivage des Syrtes)... 

 

extrait de Cérémonie, de Bertrand Schefer :

 

"Nous nous sommes vus pendant près de dix ans et pendant deux ou trois ans, je ne saurais dire combien de temps exactement, car tout se déréalisait de mois en mois, nous avons pour ainsi dire cohabité au milieu des disques et de l'alcool, toujours plus bas à chaque visite, mais tenant des discours qui semblaient aussi de plus en plus lucides, des paroles aiguës et acérées sur les productions musicales et littéraires, sur les connaissances, les fausses amitiés, les tentatives amoureuses désespérées, sur ceux qui perçaient et ceux qui s'effondraient, et rien ne semblait à la hauteur de nos exigences car nous raisonnions de plus en plus vite dans les méandres du son qui nous portait, dans le mélange d'alcool et de fumée qui ouvrait de nouvelles perspectives à l'intelligence des choses et nous permettait de déchiffrer l'actualité, les textes et les tendances du moment. Nous avions du mal à interrompre le vertige de cette descente une fois engagée dedans, et c'était toujours la même chose, englués dans la critique de tous les systèmes, des échecs et des réussites, il fallait chaque fois attendre la fin d'un morceau et la dernière goutte d'une bouteille pour réussir à nous arracher au milieu de la nuit à ce monde fait de bribes de phrases lancées dans les vides et conclure par une formule incantatoire, toujours la même : il faut s'y mettre."

 

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