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27/09/2015

La carte postale du jour...

"Si je perdais ma bibliothèque, j'aurais toujours le métro et l'autobus. Un billet le matin, un billet le soir et je lirais les visages."

- Marcel Jouhandeau

 

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Je me souviens d'avoir été surpris par le peu d'intérêt suscité par la sortie de cet attachant album de Little Annie, paru en 2006 et pourtant produit par Joe Budenholzer (Backworld) et, surtout, Antony (And the Johnsons...).

Je me souviens bien de ma rencontre avec Annie après un concert de Larsen à l'Usine ; sa voix nasillarde, sa petite taille, sa sympathie non feintée, son large sourire, ses yeux profonds qui portaient en eux trente ans d'underground (Crass, Marc Almond, Current 93, Coil, Lee 'Scratch' Perry etc.), sa vivacité, sa drôlerie, j'avais l'impression d'être dans un film ; c'était très agréable et j'espère que nos chemins se croiseront à nouveau.

Je me souviens aussi d'avoir perçu des influences inattendues dans ces Songs from the coal mine canary, notamment - sur The Good Ship Nasty Queen - le trio en mi bémol Majeur pour piano et cordes nr. 2, de Schubert, croisé au générique des Brigades du tigre (mais là c'est mon imagination et mes obsessions d'enfance qui rentrent dans le jeux...), et puis j'adore quand elle invective l'auditeur avec la phrase (qui sera le nom de sa biographie) "Cuz you can't sing the blues while drinking milk, and you know I've gotta have my fun", bien que mon passage favori reste sur le premier titre, Freddy and me, où l'artiste anone une suite de noms et de mots comme une sorte d'autobiographie fragmentaire à la façon d'Édouard Levé...

 

Spengler, Nietzsche, Hume, Freud, Junk, Food, 
Cash, Zen, Sex, Sartre, Satan, Pills, Drama, Derma, Trauma, Murder, 
Food, Cash, Zen, Sex, TV, TVs, UFOs, STDs, EST, 
Fantasy, Pharmaceuticals, Politics, Booze, Boys, Bondage, Show Biz, Fashion, Shamanism, Fascism, Coke, Cake, Rococo, Tears, Sperm, Spears, Jewels, Careers, Royalty, Royalties, Oddities, Causalities, Stars, Cars 

 

https://www.youtube.com/watch?v=Ih5Tx1Q1ie8

 

Pendant son travail de recherche sur la relecture, Laure Murat en a profité pour piquer la lubie d'un passager du métro, lubie qui consiste à l'établissement de liste des livres lus dans le métro, justement. Ainsi, parallèlement à son livre intitulé Relire, enquête sur une passion littéraire, parait ce petit livre, Flaubert à la Motte-Picquet, d'à peine 96 pages et qui relate ses découvertes. C'est léger, c'est amusant, et je ne dis pas ça uniquement par que moi aussi je lis tous les jours dans les transports en public. 

Dans ce livre on y croise Bégaudeau et François Bon - en vrai ! et des livres, parfois peu, parfois beaucoup, selon les lignes, les lieux - Paris, New-York, Los Angeles -, et aussi, bien sûr, des lecteurs, dont l'auteure tente dans quelques chapitres de dévoiler la personnalité à travers leur lecture. À la fin on trouve aussi une liste des livres vus durant cette petite enquête ludique : La vérité sur l'affaire Harry Québert, de Joël Dicker, lu par une jeune femmealors que lors d'un autre voyage en métro c'est un homme, la trentaine, qui lit Bel-Ami de Maupassant, et un autre homme encore, lors d'un autre parcours, est lui plongé dans Comment parler des lieux où l'on a pas été ? de Pierre Bayard - presque une mise en abîme. Mais comme le sujet s'épuise vite, Laure Murat passe aussi en revue les publicités sur les livres qu'on voit dans le métro, dont elle dit que "l'indigence le dispute à la débilité" (page 39). On trouvera aussi un hilarant chapitre consacré à Foenkinos - peu apprécié de Laure Murat qui confesse toutefois ne pas l'avoir lu - qui décrit une séance de signature où l'auteur de La délicatesse discute avec son voisin de table dans le seul but de rallonger sa queue de fans pour dépasser celle d'Annie Ernaux qui signe aussi à une dizaine de mètres de lui... Ce passage du livre de Laure Murat ramène d'ailleurs à celui de François Bégaudeau, La politesse (dont je parlais il y a quelques mois, voir ).

Belle éloge de la lecture dans le métro, et de la lecture tout court, qui est devenue un phénomène presque underground, ce livre se lit avec grand plaisir, et donne, bien sûr, mille et une envies de (re)lecture.

Extrait de Flaubert à la Motte-Picquet, de Laure Murat (publié par Flammarion) :

"de près, de loin, en profondeur, en surface ou à distance, y a-t-il non pas une méthode mais un style metroreading - comme on a inventé la figure du metrosexual, cet hétéro dandy des grandes villes ? Comment lit-on quand on lit dans le métro ? Que ressent-on du texte, qu'en retire-t-on ? Lecture refuge, de type walkman, destinée à s'isoler, lecture forcément bringuebalante et hachée par la faute du trajet à Paris n'est jamais bien long, la metroreading est d'abord une activité vagabonde, associée au déplacement d'un monde à l'autre. Riccardo Piglia, dans ce très bel essai qu'est Le Dernier Lecteur, parce de la spécificité du lien entre la littérature et le voyage en train, dont Walter Benjamin disait : "Mais qu'Est-ce que le voyage procure au lecteur ? Quand donc est-il pris à ce point par la lecture et sert-il l'existence de son héros mêlée à la sienne propre avec autant de certitude ? Son corps n'est-il pas la navette qui, à la cadence des roues, passe inlassablement à travers la chaîne, le livre du destin de son héros ? On ne lisait pas en diligence et on ne lit pas en auto. La lecture de voyage est tout aussi inséparable du déplacement en chemin de fer que l'arrêt dans les gares."

 

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