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01/09/2014

La carte postale du jour...

"Le cœur est fendu en deux et ne sait ce qu'il veut.
 La barque doit aller pour lui - jour et nuit ne sont qu'un rideau changeant à traverser. Avancer d'un courage farouche. Pas à cause des hommes. À cause d'énigmes embarrassantes.
 Le cœur est fendu en deux en grand secret."
- Vesaas, La Barque le soir

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Je me souviens d'avoir découvert Marc Seberg en achetant un peu par hasard l'album intitulé 83 au marché aux puces, on en trouvait plein à cette époque, tout comme le maxi Velvet tales des Suissesses The Vyllies ou Victorialand des Cocteau Twins, classiques des soldes vinyles à la fin des années 80, mais dans le cas de Marc Seberg j'avais été étonné par la puissance de la voix, les affiliant assez vite à mes favoris de cette époque : And Also The Trees.
Je me souviens bien m'être rendu au Leysin Rock Festival de 1990, pour voir les Cure principalement, mais aussi, un peu, pour Marc Seberg, d'arriver sur les hauteurs où régnait un froid de canard sous un ciel de plomb, pluie fine et d'autant plus désagréable, boue, tout cela en total désaccord avec mon pantalon en similicuir et mes chaussures pointues à sangles "têtes de mort" (il faut que jeunesse se passe), ce qui, ma copine et moi (mais surtout moi), nous a fait prendre le chemin du centre du village pour boire une bière au sec ; bière qui a fini par accident sur mon pantalon, avec comme résultat de me faire reprendre le train pour Nyon et passer la soirée à regarder un film (Le ventre de l'architecte de Greenaway - excellent) avec la mère de cette même copine... depuis lors je déteste les festivals (mais j'aime toujours autant Marc Seberg et Peter Greenaway).
Je me souviens aussi que la chanson Quelque chose, noir m'a fait penser, un peu, à Atmosphere de Joy Division - et venant de moi c'est LE compliment ultime - mais que, par contre, j'ai vivement regretté que l'album en entier soit produit de façon si eighties puisqu'il a mal vieilli, comme je m'y attendais, à part ce titre, puissant et sombre, avec cette voix, immense, cette présence, nocturne, celle de Philippe Pascal :

Le général Hiver plonge sa dépression
Du bout des nerfs, sous une chape de plomb.
Je me souviens d'un morceau de bleu,
Dans le feu de l'absinthe, une couleur s'est éteinte.
QUELQUE CHOSE, NOIR se traîne
Dans le silence s'enfonce

Je ne sais pas qui est Gabriel Dufay, et c'est une chance. Pas de préjugé, négatif ou positif, seulement une lecture apportée par le hasard et qui s'avère intéressante, car comme disait Paul Valery "ce qui m'intéresse n'est pas ce qui m'importe".
Hors jeu est un livre sur le théâtre, un éloge mais pas seulement puisque comme Thomas Bernhard, Gabriel Dufay critique tout aussi vertement le "système", les corrompus, les abuseurs, les tristes clowns, les imposteurs du métier qui est le sien. Même si je continue à penser que vouloir critiquer le système de l'intérieur n'est qu'une façon de se corrompre soi-même, j'ai trouvé ce livre vraiment bien écrit, honnête, avec de beaux passages sur la poésie, sur le métier d'acteur, sur le rêve... la nuit aussi :

"J'aime par ailleurs sortir d'un spectacle et me retrouver enveloppé par la nuit, marcher silencieusement dans la ville, accompagné des émotions fortes que j'ai ressenties. Quand je viens de jouer, une bonne marche nocturne me permet de recouvrer mes esprits et de faire durer un peu un peu plus longtemps l'euphorie éprouvée sur scène. La nuit calme et console, elle offre au théâtre comme un écrin de velours soyeux et mystérieux.
 Ordinairement, le théâtre commence le soir et se prolonge dans la nuit. Je n'aime pas tellement ce qu'on appelle les matinées, ces représentations qui ont lieu l'après-midi, que je trouve contraires à l'essence même des spectacles, aux fantômes, qui ne s'éveillent pas dans la journée. Le théâtre pour moi se marie à la nuit, et c'est du noir que naissent les spectacles et les personnages qui nous ravissent. Comme c'est du noir que la naissance et la mort procèdent. Est-ce à dire que le théâtre a des accointances avec ces deux gouffres qui nous encerclent ? Je le crois, tant la nuit et le théâtre ont pour moi une force métaphysique peu commune.
 Nuit du théâtre et théâtre de la nuit. Les nuits de Patrice Chéreau et de Claude Régy, tout comme les nuits de Caspar David Friedrich et de Edward Hopper, m'ont fait entrer dans des espaces inconnus et accéder à de nouvelles perceptions. Et Hamlet, prince du théâtre, prince de la nuit, nous fait entendre ses interrogations et se heurte à une folie sans nom. Est-ce parce qu'il est entouré de nuit qu'il semble tomber dans le piège de la folie qu'il voulait feindre ? La nuit du monde et la nuit de l'homme s'embrassent au théâtre. Et le royaume d'Elseneur nous ouvre ses portes."

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