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20/12/2015

La carte postale du jour...

Le remords ne prouve pas le crime ; il dénote seulement une âme facile à subjuguer.

- Sade, Les infortunes de la vertu

dimanche 20 décembre 2015.jpg

Je me souviens que cet album de Coil a été la bande son de mon installation dans les combles du squat des Épinettes, à la fin '89, durant ce qui m'est apparu comme un hiver excessivement rude (probablement à cause des trous dans le mur et de l'absence de chauffage), avec ce titre d'ouverture génial - Anal Staircase -, "hit" homo-érotique dans nos soirées du Midnight, avec une boucle samplée du Sacre du Printemps de Stravinski - grand.

Je me souviens bien qu'en réécoutant Horse Rotorvator récemment j'ai été étonné de ne pas le trouver particulièrement vieilli - au contraire même -, l'album garde toute sa radicalité originale, sa fraîcheur, son étrangeté, ovni musical inclassable, un peu comme le disque de Psychic Tv, Dreams less sweet.

Je me souviens aussi que l'une des plus belles chansons de Coil - Ostia (The death of Pasolini) - figure sur ce disque et que cela reste l'une de mes ballades favorites des années 80 avec Fall apart de Death In June et The Orchids de Psychic TV...

 

 There's honey in the hollows
And the contours of the body
A sluggish golden river
A sickly golden trickle
A golden, sticky trickle

You can hear the bones humming
You can hear the bones humming
And the car reverses over
The body in the basin
In the shallow sea-plane basin

And the car reverses over
And his body rolls over
Crushed from the shoulder
You can hear the bones humming
Singing like a puncture
Singing like a puncture

Killed to keep the world turning
Killed to keep the world turning
Killed to keep the world turning

Throw his bones over
The white cliffs of Dover
And into the sea, the sea of Rome
And the bloodstained coast of Ostia

Leon like a lion
Sleeping in the sunshine
Lion lies down
Lion lies down
Out of the strong came forth sweetness
Out of the strong came forth sweetness

Throw his bones over
The white cliffs of Dover
And murder me in Ostia
And murder me in Ostia
The sea of Rome
And the bloodstained coast

And the car reverses over
The white cliffs of Dover
And into the sea, the sea of Rome

You can hear the bones humming
You can hear the bones humming
You can hear the bones humming

Throw his bones over
The white cliffs of Dover
And into the sea, the sea of Rome

And murder me in Ostia 

https://www.youtube.com/watch?v=ytoXrheqZbg

 

 Le livre consacré à Tony Duvert que publie Gilles Sebhan, et que j'ai lu il y a plus d'un mois déjà, m'a demandé une longue digestion, et me laisse une étrange impression, comme un malaise que je qualifierais de constant. D'ailleurs Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit - qui publieront tout l'œuvre de Duvert entre 1967 et 1989 -, ne s'y était pas trompé en publiant le premier roman - Récidive - du jeune écrivain, âgé alors de 22 ans : si le potentiel littéraire est là, la pornographie (aujourd'hui on dirait plus honnêtement la pédopornographie) y est fortement présente et, conscient du risque, décision est prise d'éditer ce livre à 712 exemplaires, sans l'annoncer à la presse, disponible uniquement sur souscription ou par le biais de libraires sélectionnés pour leur discrétion. Cette discrétion est aussi la marque de fabrique de Gilles Sebhan qui nous permet de nous approcher du monstre sans (trop de) danger. Biographie, recueil de lettres, de témoignages, de souvenirs, cet essai protéiforme nous fait entrer dans la vie même de Tony Duvert, avec ses tourments, ses passions ; écrivain compliqué, obsédé par la littérature et souvent détestable. Cela donne lieu à une impossibilité d'empathie qui nous tient à distance, mais le feu qui dévore l'auteur nous attire quand même... et puis Duvert est parfois drôle, quand il déclare à la presse, lors de la remise du Prix Médicis en 1973 : "J'ai trop mal aux fesses... pour... parler.". Sebhan le décrit comme adorant "jouer les gosses et le faisant avec le plus grand sérieux, si l'on y perçoit autre chose qu'un doigt levé dans une espèce de refus post-dada, une séquelle de l'esprit 68, un aphorisme annonçant de façon stupéfiante les grands hérauts du punk", mais un gosse qui fait face au refus et à l'incompréhension puisque Sebhan ajoute encore que "si l'on va au-delà de l'allusion à la sodomie qui était le fond scandaleux de ce prix, peut-être peut-on lire dans cette déclaration une impossibilité absolue, un dégoût et une douleur totale face à l'idée que quelque chose puisse être dit." Certaines lettres de Duvert font à la fois penser à Voltaire et à Céline ; il est parfois génial dans sa méchanceté, drôle dans l'ironie, plein d'esprit, de bons mots, mais une fois les années 70 passées, années de son succès et de son séjour au Maroc, voici venu le retour à l'ordre moral des années 80 et voilà un Tony Duvert perdu, hébété, bête solitaire, traquée, monstre vivant dans le renoncement ; commence alors une chute qui ne s'arrêtera qu'avec sa mort, en 2008. Reste ce livre qui fait l'effet d'un masque de Méduse, beau et terrifiant, ce Retour à Duvert écrit avec beaucoup de délicatesse et d'intelligence, qui ne cherche pas à réhabiliter un monstre, mais plutôt à discerner l'humanité dans toute sa fragilité sous les oripeaux et la face déformée par une vie de misère et de rejet - l'auteur le dit lui-même : "J’ai cherché avec ma lampe torche de biographe à chasser les ténèbres en plein jour, ces ténèbres d’aujourd’hui, et ce que je cherchais, j’en suis à présent certain, c’était toujours un homme." Impossible d'ailleurs de ne pas penser à Sade, alors que se presse un public conquis d'avance lors des expositions (la meilleure à Zurich en 2001/2002, la plus mauvaise à Paris l'année passée). Mais il manque le recul nécessaire pour appréhender l'œuvre de Duvert, qui sent encore le soufre. Et si je n'ai pas l'envie de découvrir les textes de Duvert, pourtant publiés dans l'une des maisons d'édition que j'affectionne particulièrement, j'ai découvert un écrivain intéressant : Gilles Sebhan, dont je vais me dépêcher d'acquérir les livres La Salamandre (sur Jean Sénac, le Pasolini d'Alger), Domodossola, le suicide de Jean Genet ou encore Mandelbaum ou le rêve d’Auschwitz.

Extrait de Retour à Duvert, de Gilles Sebhan (publié aux éditions Le Dilettante) :

"Car la misère n'est pas qu'un mot. Attirés par le mythe littéraire, écrit Duvert qui pense peut-être à celui qu'il a été, mille jeunes gens prometteurs tâtent de l'écriture : alors ils voient de tout près notre enfer. Nez roussi, âme souillée, humiliés, incrédules, ils changent précipitamment de chemin et rejoignent le siècle, là-haut, à la lumière : et leur nom disparaît à jamais des chiourmes de l'édition. Comme autrefois aux bancs de nage, ne tomberont dans cette nuit misérable que des ratés, des condamnés, des mercenaires, des dilettantes, des exclus et des bons à rien : venez, soyez des nôtres !

 La littérature, Duvert y a cru. Mais au début des années 90, sa vie se résume selon ses propres terme à cette suite vertigineuse : dettes, coupures, huissier, ultimatums. Plus d'électricité, plus de téléphone. Incapacité définitive à payer le loyer. Vente de sa collection de beaux livres. Demande régulière d'argent à ses rares amis ou connaissances. Quiconque l'approchait se voyait "taper", c'est du moins la réputation qu'il avait à cette époque, comme me l'a confié Michel Delon, spécialiste de Sade. "J'avais, disait-il en 1989, publié dans la Quinzaine un papier pour le bicentenaire de Diderot. J'y rapportais une page du Journal d'un innocent où le narrateur se gratte le cul en lisant Le Rêve d'Alembert. Il m'avait remercié de la référence, reproché de l'identifier, lui Duvert au Maroc, avec ce narrateur dans un pays du Maghreb non précisé, et proposer de nous rencontrer. Comme une attachée de presse de chez Gallimard m'avait dit qu'il était en demande permanente d'argent, j'avoue n'avoir pas donné suite. J'ai sans doute eu tort. Je serais d'autant plus disposé aujourd'hui à participer à une manifestation autour de son œuvre, en disant peut-être de lui ce que Bataille disait de Sade, il y a une façon de lui rendre hommage qui l'édulcore." 

04/01/2015

La carte postale du jour...

"Il y en avait, il y a dix ans, de ces choses qui m'intimidaient! La poésie concrète, Andy Warhol, et puis Marx et Freud et le structuralisme - et les voici envolés..., et rien ne doit plus oppresser quiconque si ce n'est le poids du monde."
- Peter Handke, Le poids du Monde (1980)

 

dimanche 4 janvier 2015.jpg


 
Je me souviens quelle a été ma joie lorsque mon groupe d'alors - Danse Macabre - fut booké en première partie de Norma Loy, près d'Annecy, en 1992 je crois, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un groupe plutôt distant (bon, la scène "dark" c'est pas non plus la croisière s'amuse...), qui ne ressemblait plus à celui que je connaissais - de la new wave burlesque, inspirée, décadente, ... -, mais tentait vaguement d'imiter les Doors, et puis je me rappelle aussi ce grand rocker tout de cuir vêtu qui vint me voir au bar après notre concert pour me jeter à la figure d'une voix de basse "ta musique c'est de la merde", éructation qui venait non pas de son cœur mais au moins de ses intestins, et qui mit fin à ma carrière sur scène quasi-instantanément.
Je me souviens aussi d'avoir toujours été perturbé par l'utilisation du saxophone, surtout pour la musique post-punk/new wave, j'en trouvais en effet chez Siouxie (supportable), Siglo XX (acceptable), sur le super 45tours de Carol & Snowy Red Breakdown (convenable) et même chez les Italiens Diaframma et leur Joy Divisionesque album Siberia (recevable), mais encore aujourd'hui, c'est vraiment l'instrument maudit pour moi, allez savoir pourquoi...
Je me souviens aussi d'avoir toujours été fasciné par cette reprise de L'Homme à la moto, son côté lugubre, son texte scandé avec une voix grave :

 Marie-Lou la pauvre fille l`implora, le supplia
 Dit: `Ne pars pas ce soir, je vais pleurer si tu t`en vas`
 Mais les mots furent perdus, ses larmes pareillement
 Dans le bruit de la machine et du tuyau d`échappement

 Il bondit comme un diable avec des flammes dans les yeux
 Au passage à niveau, ce fut comme un éclair de feu
 Contre une locomotive qui filait vers le midi
 Et quand on débarrassa les débris...

Avant de partir à Rome, et pour ne pas toucher aux trois livres que j'emporte en voyage (Landolfi, Andritch et Gheorghievski), j'ai décidé de relire en vitesse cet Ultime entretien de Pasolini. Et une fois encore, c'est impressionnant de constater à quel point l'esprit d'analyse de Pasolini est brillant. Comme Clouscard dès les années 70 avec sa critique du libéralisme libertaire, Pasolini dénonçait lui aussi le consumérisme hédoniste et la corruption des consciences, dix ans avant que cette réalité ne s'installe véritablement, pour durer encore d'ailleurs. C'est vraiment un petit livre puissant, à relire régulièrement ; à noter aussi la sortie du film Pasolini d'Abel Ferrara, et puis l'un des plus beaux titres underground dédiés à l'écrivain italien, Ostia (The death of Pasolini) de Coil. Mais je m'égare...

 - Pourquoi penses-tu que pour toi, certaines choses soient tellement plus claires ?

  - Je voudrais arrêter de parler de moi, peut-être en ai-je déjà trop dit. Tout le monde sait que mes expériences, je les paie personnellement. Mais il y a aussi mes livres et mes films. Peut-être est-ce moi qui me trompe. Mais je continue à dire que nous sommes tous en danger.

 - Pasolini, si tu vois la vie de cette manière - je ne sais pas si tu accepteras de répondre à cette question - comment penses-tu éviter le danger et le risque ?

 Il s'est fait tard, Pasolini n'a pas allumé la lumière et il devient difficile de prendre des notes. Nous revoyons ensemble mes notes. Puis il me demande de lui laisser les questions.
 
 - Certains points me semblent un peu trop absolus. Laisse-moi y penser, les revoir. Et puis laisse-moi le temps de trouver une conclusion. J'ai quelque chose en tête pour répondre à ta question. Il est plus facile pour moi d'écrire que de parler. Je te laisse les notes supplémentaires pour demain matin.

 Le lendemain, un dimanche, le corps sans vie de Pier Paolo Pasolini était à la morgue de la police de Rome.

 

30/11/2014

La carte postale du jour...

"je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d'un coup le ciel devint rouge sang — je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et la ville — mes amis continuèrent, et j'y restai, tremblant d'anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers." - Edvard Munch (1892)

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Je me souviens qu'avant de tomber sur l'album Saint of the Pit, mon premier contact avec Diamanda Galas fut le maxi Litanies of Satan, véritable choc puisqu'il s'organise en un titre unique par face, d'environ quinze minutes pour chacun d'eux, dénués de toute orchestration, mais uniquement scandé, hurlé, craché, chuchoté, donnant au texte de Baudelaire des airs de glossolalie, avec un effet assez troublant, ce qui fait d'ailleurs que je n'ai pas été surpris par l'utilisation de la "musique" de Diamanda Galas dans la bande sonore du (très gothique) film Bram Stoker's Dracula de Francis Ford Coppola...
Je me souviens bien d'avoir discuté de Diamanda Galas avec un véritable obsédé des disques - et particulièrement de musique expérimentale -, et que, quelques semaines plus tard, il me déposa un sac plastique contenant tous les vinyles de la performeuse, albums qu'il possédait à double, parfois même à triple exemplaire, me confia-t-il alors - un vrai fanatique je vous dis ! qui vivait au milieu de ses cartons contenant des milliers de disques, mais son trésor semble aujourd'hui disparu, perdu à jamais, confisqué, peut-être même détruit.
Je me souviens aussi qu'avec Coil et sa reprise clinique de Tainted love, Diamanda Galas fut la première artiste que je connus s'engageant dès 1984 pour la reconnaissance des malades du sida, particulièrement avec ce Saint of the Pit datant de 1986 et qui fait partie d'une trilogie, album dont trois titres sont dédiés à son frère (diagnostiqué séropositif en 1983 et décédé trois ans plus tard), l'un d'eux étant Cris d'aveugle, poème du tuberculeux Tristan Corbière dont voici un court extrait (ambiance) :

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort


Il est bon de revenir aux classiques, il est bon de revenir à Dostoïevski. Les carnets du sous-sol est le dernier récit de l'auteur russe avant que celui-ci se lance dans ses grands romans : Crime et Châtiment, L'idiot, Les Démons, L'adolescent et Les Frères Karamazov. Le sous-sol où sont écrits ces "carnets" est tout aussi bien une partie de l'intérieur du crâne de Dostoïevski. Une partie sombre d'où germe ce texte en forme de cri, transpirant le renoncement, le doute et la cruauté, texte que j'ai rapidement mis en images avec les "noirs" d'Odilon Redon (L'araignée de 1881 ou bien même Un masque sonne le glas funèbre de 1882, même si ce dernier est déjà dédié à Edgar Poe) ! Cette œuvre à l'arrière-goût nihiliste possède en elle une somme de citations, ou plutôt d'"incitations", qui donnent au lecteur des impressions de livre à venir (Les carnets du sous-sol datant de 1864!), on croit y lire Bataille (Le bleu du ciel), Céline (Voyage au bout de la nuit), Blanchot (L'arrêt de mort), parfois même Cioran (Sur les cimes du désespoir), et bien sûr Beckett, Bernhard, Hankde, Duras... C'est donc bien à ça qu'on reconnaît un classique, a sa capacité de se réécrire à chaque lecture, à chaque époque.

 

"Je sentait bien que mon discours était lourd, maniéré, livresque même, mais je ne connaissais rien d'autre, moi, que les "livres". Ce n'était pas cela qui me gênait ; je le sentais bien, j'en avais l'intuition, que je serais compris, et c'est ce côté "livre" qui m'aiderait le mieux. Mais là, une fois l'effet atteint, j'ai brusquement pris peur. Non, jamais, jamais encore je n'avais été le témoin d'un désespoir pareil ! Elle gisait de tout son long, le visage enfoncé dans un coussin, elle l'étreignait de ses deux bras crispés. Sa poitrine éclatait de l'intérieur. Tout son jeune corps était parcouru de frisson, comme de convulsions. Les sanglots étouffés qui lui pesaient sur la poitrine la déchiraient et jaillissaient soudain au-dehors par des cris, presque des hurlements. Alors, c'est son coussin qu'elle serait encore plus ; elle ne voulait pas que quelqu'un dans la maison, non, pas âme qui vive, puisse découvrir ses tortures et ses larmes. Elle mordait son coussin, elle s'était mordu le bras jusqu'au sang (cela, je l'ai su plus tard) ou bien, en s'accrochant les doigts dans ses nattes défaites, elle restait figée, dans cet effort, en retenant son souffle et en se mordant les lèvres. Je voulais lui dire je ne sais quoi, l'implorer de se calmer, mais j'ai senti que je n'oserais jamais, et, tout d'un coup, moi-même, comme sous l'effet d'un choc, on aurait dit sous l'effet de l'épouvante, je me suis agité, à tâtons, pour ramasser mes affaires, je voulais filer. Il faisait noir ; j'avais beau essayer, ça me prenait du temps. Soudain, je suis tombé sur une boîte d'allumettes, un bougeoir, avec une bougie toute neuve. À peine avais-je éclairé la chambre, Lisa a bondi d'un seul coup, elle s'est assise, une sort de grimace lui déformait le visage, un sourire à demi fou, elle me regarda avec des yeux presque privés de sens. Je me suis assis à côté d'elle, je lui ai pris les mains ; elle est revenue à elle, elle s'est jetée sur moi - elle a voulu m'étreindre mais elle n'a pas osé, et, tout doucement, elle a penché la  tête."