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custine

  • La carte postale du jour...

    "Le vide produit le froid et le froid me hérisse de glaçons. Le souffle du printemps, la chaleur des affections, redonnerait à mon sang la circulation, à mon âme l'espérance, à mon imagination la verve, à tout mon être l'élan."
    - Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, Samedi 12 février 1853

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    Je ne me souviens pas trop comment je suis tombé sur L'Avenir, mais dès que j'ai vu que cet artiste - Jason Sloan - était originaire de Baltimore, la ville du cinéaste John Waters que j'adore, mon intérêt à grandi, et lorsque j'ai vu une photo du musicien affublé d'un t-shirt The Cure période A Forest, et que j'ai écouté sa reprise de Truth de New Order, alors j'ai su que nous étions faits l'un pour l'autre (façon de parler).
    Je me souviens bien qu'outre l'influence mélancolique et froide de The Cure des (meilleures) années 80-81 (Seventeen seconds, Faith), j'ai trouvé dans la musique de L'Avenir des réminiscences fortes de Kraftwerk (RadioAktivität, Spiegelsaal), d'Orchestral Manoeuvres in the Dark (Statues, Seeland) et aussi de Nine Circles (pour les fins connaisseurs de bonne minimal-wave).
    Je me souviens aussi d'avoir été véritablement épaté par l'utilisation d'une myriade de synthés vintage pour cet enregistrement publié sur un beau vinyle blanc, et que dès le début de The Wait et son titre introductif, Umbra, je me suis senti happé dans cet univers froid et triste, très minimal, très vague...

    https://soundcloud.com/belaten/lavenir-aral-sea-1

    Adorno a déclaré qu'"Après Auschwitz, écrire de la poésie est barbare", ce à quoi a répondu le facétieux écrivain hongrois Imre Kertesz : "je nuancerais, toujours en termes généraux, en disant qu’après Auschwitz, on ne peut plus écrire de poésie que sur Auschwitz". Me vient alors cette question : après Vassili Grossman et Varlam Chalamov, peut-on encore écrire sur les goulags et la Grande Terreur ? Evidemment oui, et cela, Olivier Rolin l'a bien compris, lui qui est passionné par la Russie depuis les années 80 (je me remémore avec plaisir son livre de 1987 sobrement intitulé En Russie - inspiré du récit publié plus de cent ans auparavant par le Marquis de Custine -, livre où Rolin donnait une poétique description de l'empire soviétique avant qu'il ne s'effondre quelques années plus tard).

    À la fin des années 2000, Olivier Rolin se rend sur les îles Solovki, tristement connues pour leur goulag, il en ressortira un film documentaire pour ARTE (La bibliothèque perdue des Solovki - très bien d'ailleurs), un livre de photos, et ce livre sur l'un des détenus, un homme dont, comme le dit l'auteur, le "domaine, c'était les nuages". Le Météorologue est donc un récit-biographique, celui d’Alexéï Féodossévitch Vangengheim, victime de la Grande Terreur stalinienne (1937-1938). Rolin en tire un portrait magnifique (les dessins qu'envoyait Vangengheim à sa fille, reproduits en fin d'ouvrage) et triste (dans presque chaque lettre il dit à quel point il ne perd pas  confiance dans le parti), et rejoint Patrick Deville et Emmanuel Carrère dans le genre bio-fiction très réaliste, menée comme une enquête policière, quoique savamment romancée, parfois même poétisée. C'est beau, même si ça reste tragique. Un livre d'importance, sans aucun doute, parmi les meilleurs sortis cette année sur ce sujet, avec La Limite de l'Oubli de Sergeï Lebedev. Voici un extrait qui me semble représentatif de ce livre d'Olivier Rolin :

    "Pourtant, son innocence, il la proclame de nouveau, revenant sur ses faux aveux. "Pour un vrai coupable, ce genre de démarche ne pourrait s'expliquer que par l'idiotie et la folie." Je pense que c'est cette perversion-là surtout qu'il désigne quand il met en cause "la méthode des interrogatoires" : une brutalité logique plutôt que des brutalités physiques, une inversion angoissante du vrai et du faux. C'est ce qui rend émouvants ces textes : on y voit un homme, en se débattant, s'enfoncer dans les sables mouvants. Et il y a tout de même, à côté de beaucoup de confusion, de méandres, de répétitions tâtonnantes, des phrases qu'on n'est pas habitué à lire dans les documents soviétiques de ces années-là, et qui montrent qu'il ne rentre décidément pas dans le rôle de saboteur-espion repenti qu'on veut lui faire jouer, qu'il a endossé dans un moment de faiblesse : "Les innocents arrêtés font dans la plupart des cas de faux aveux", "il existe inévitablement nombre de cas où des innocents ont été accusés tandis que de vrais criminels échappaient à la justice". Émouvante aussi est la conscience qu'il a que sans doute la partie est perdue : "Il est bien possible que mes forces soient insuffisantes pour venir à bout de l'ordre des choses établi depuis des années." Et il termine en latin : Feci quod potui, faciant meliora potentes, "J'ai fait ce que j'ai pu, que ceux qui peuvent fassent mieux" (phrase qu'on trouve dans la bouche de Koulyguine, le mari de la Macha des Trois Sœurs). "Ma conscience est pure." "