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04/11/2012

Voyage en Serbie (7)

Dimanche 22  juillet,  flânerie à Novi Sad  avec Danilo Kis, W.G. Sebald et Walter Benjamin …

P1020313.JPGDimanche flâneur à Novi Sad, la ville du "Borgès des balkans" : Danilo Kis, qui réchappa de justesse aux "journées froides de Novy Sad", le nom donné au massacre de très nombreux juifs et serbes de la ville par les fascistes hongrois en 1942. L'oeuvre de Danilo Kis  est oubliée,  certains livres indisponibles, bien qu'indispensable comme Le Sablier. Il est mort d'un cancer en 1989, en France, son pays d'adoption dont il aimant tant la littérature, et aussi dans une certaine indifférence générale alors qu'un mur tombait à Berlin. L'intelligence oublie, l'imagination n'oublie jamais nous rapelle si bien Peter Handke, toutefois Danilo Kis, en grand correcteur de l'histoire, tentait de donner aux victimes de l'Histoire, un visage, une histoire propre, et l'imagination ne lui suffisait pas. Ou pas seulement en tout cas. Je regrette de ne pas avoir de livres de cet auteur avec moi durant mon séjour à Novi Sad. En plus de visiter le mémoire juif aux victimes du fascisme, nous passons mes amis serbes et moi par la citadelle où se déroule en juillet l'annuel festival de rock Exit. Fierté des "locaux", ce festival pose toutefois un souci majeur à la jeunesse du pays: son succès a conduit les organisateurs a augmenter le prix des boissons et de la nourriture, sans oublier les billets d'entrée. Pour les touristes l'évènement reste bon marché, pour les gens d'ici un luxe bientôtP1020308.JPG insupportable. Nous redescendons vers la vieille-ville défraichie qui se trouve au pied de la citadelle, le temps d'entendre le récit des bombardements des ponts au dessus du Danube qui sépare la citadelle du centre ville par l'Otan, vécu comme "dans un film", ou comme "à la télé" par ces jeunes gens qui étaient encore des enfants à cette époque. Les ponts ont été reconstruits depuis.

 

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P1020333.JPGEn fin d'après-midi Ivan me fait découvrir le bar d'un de ses amis : Isba (c'est le nom du bar, pas de son ami). Caché dansP1020328.JPG une cour intérieure de la rue Železnička l'endroit est chaleureux. Des petits chatons roupillent sur le bar extérieur, la toiture de la terrasse possèdent aussi des orifices pour y laisser passer des arbres vers le haut et la lumière vers le bas.  Le flâneur que je suis beigne ainsi dans un halo étrangement verdâtre. L'intérieur du café  est boisé et possède de nombreuses bilbiothèques pleine de livres. La P1020325.JPGmusique agréable, et inatendue : Cocteau Twins. Je félicite la sympathique serveuse de son excellent choix musical tout en buvant ma bière et en discutant de choses et d'autres avec mes amis. L'atmosphère générale du lieu est propice à la lecture me semble t'il, et j'échafaude déjà le plan de revenir demain ou dans un an pour y relire Le rivage des Syrtes de Julien Gracq, Images de pensée de Walter Benjamin ou encore Paris est leurre de Xavier Boissel (dont j'ai récemment découvert un excellent texte sur Sebald dans un recueil qui lui est dédié aux éditions Inculte : Face à Sebald). L'Isba reste pour moi un moment privilégié dans mon voyage en Serbie. Il est l'endroit où une profonde et saine mélancolie a pu m'envahir. Il va sûrement disparaître, comme tout le reste. Je repense alors à l'ange de l'histoire de Walter Benjamin :

Il existe un tableau de Klee qui s'intitule Angelus Novus.
Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé.
Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées.
Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé.

Où paraît devant nous une suite d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds.
Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer.
Cette tempête le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines.
Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

Et puis à ses mots d'Enrique Vila-Matas sur Sebald :

Les traces laissées par la littérature de Sebald composent un genre de poétique de l’extinction qui pose au premier plan la consternation de l’écrivain lorsqu’il comprend que tout à ses côtés se déshumanise ou disparaît, que l’Histoire elle-même disparaît.

 

à suivre ...

 

23/10/2012

Voyage en Serbie (6)

Samedi 21 juillet, Sarah Kane en rase campagne …

P1020270.JPGRéveil à Novy Sad. Vue ensoleillée de la cour intérieure. Dans cette même cour se trouvent un petit vendeur de chaussures fabriquées main, une agence de voyage, l'accueil de l'hôtel et... un sex-shop. Décidément la Serbie n'a pas fini de me surprendre. Mais ce qui m'intéresse se trouve dans l'une des cours situées de l'autre côté de la rue. Le petit déjeuner se prend en effet dans un restaurant joliment nommé Dilizansa. Arrivé sur place je découvre une terrasse digne d'un lounge-bar parisien, un grand écran pour les amateurs non pas d'opéra, mais de football. Décidément... mais je me répète. La carte est en serbe, je ne comprends rien en dehors de "assiette serbe", alors je demande un peu d'aide au serveur qui m'explique vaguement que telle chose est une saucisse, celle-là de la viande, et  une autre saucisse... d'accord, d'accord, va pour l'assiette serbe ! et avec un café, soyons fou. Quand le serveur à l'air patibulaire revient, je découvre avec un étonnement que je cache de mon mieux : quelques morceaux de fromages aux couleurs diverses (et douteuses) et quelques tranches de saucissons, également dans des tons qui m'étaient jusque-là inconnus. Toute la palette gustative est représentée, du sans saveur au plus corsé dont vous ne vous départissez qu'avec difficulté même après quelques cafés, un litre d'eau et plusieurs paquets de chewing-gum à la menthe poivrée. Revigorant. Et du coup, j'ai pas eu faim pendant un long moment. Par contre j'ai eu très soif et là, le Kvas vient à point. Boisson fabriquée à base de pain fermenté, le Kvas est très populaire en Ukraine, en Russie bien sûr, mais aussi en Serbie où il est moins amer que ses cousins. Un régal.

Dans l'après-midi on se met en route pour une petite localité située plus au sud de Belgrade. C'est une pièce de Sarah Kane - Crave (Manque en français) - qui va être jouée, Ivan et Tijana y improvisent la musique. Le projet est d'amener la culture dans les campagnes, et c'est sponsorisé par une fondation suisse d'ailleurs. Alors moi j'imagine déjà l'effet d'une pièce de Sarah Kane sur des paysans serbes. Je vois déjà des rustauds se précipiter sur la scène et tout saccager, des borgnes édentés lancer des bouteilles en hurlant des insultes à tout va, bref : j'appréhende le pire, et c'est rien de le dire. Mais avant ça il me faut me taper presque une heure d'autoroute, puis plus d'une heure de route nationale dans une campagne qui, finalement, ressemble peu à la campagne. Les maisons s'enchaînent en bord de route, la moitié  d'entre elles sont inhabitées et pour cause : les habitants sont en fait des exilés qui reviennent de temps à autre poser trois briques et une fenêtre avant de repartir gagner leur vie en Allemagne, Italie, France, ou Suisse. Et c'est à celui qui construira la plus grosse possible, même si ces volumineux cubes de briques grises ne ressemblent à rien, l'important n'est pas la qualité, mais la quantité. Un effet très réussi. Alors que P1020280.JPGje commence à m'ennuyer ferme on découvre le lieu de l'émeute prochaine (oui, je suis toujours autant rassuré...), une jolie bicoque située dans un village qui ressemble à un quartier de villas, pas de place centrale, ni d'église, une énorme usine à proximité, des rails mais aucun train n'y circule. N'empêche que ce petit bar alternatif au milieu de rien est très sympa, et comme d'habitude les gens sont très accueillants quoique toujours étonnés de voir un "touriste suisse". Bon, en même temps, je ne suis pas suisse, ni touriste en fait... maisP1020286.JPG je le garde pour moi. On part manger avec les acteurs de la pièce dans un restaurant à camionneurs pas loin. Ce n'est pas tant l'ambiance (le soir la cientèle est plus "familiale"), encore moins la décoration (plutôt rustique), qui rappellent un restoroute, mais plutôt les portions, visiblement destinées à des gabaris qui font au bas mot le triple du mien. Après une assiette de cevapi accompagnées de "quelques frites" (le champ d'à côté, en gros) je ressors avec un profil de femme enceinte. La bière n'aidant en rien... bien sûr.

 

La pièce commence. Crave. Sarah Kane. On doit pas être plus de cinq. Je suis rassuré au niveau des émeutes : pas un seul paysan en vue, juste les amies de l'amie du metteur en scène. Si le but est d'amener la culture dans les campagnes - c'est un cuisant échec. En même temps, une heure de Sarah Kane en anglais, aucune mise en scène, des acteurs statiques qui récitent leurs textes respectifs... Bof-bof. La climatisation tourne à fond. Il fait 25 degrés à l'extérieur, mais on a l'impression d'être dans un frigo. Et ça toraille à fond. Ivan et un acteur vont à eux seuls fumer l'équivalent d'un demi paquet de cigarettes, créant un brouillard P1020290.JPGasphyxiant à vous mettre les larmes aux yeux. Une phrase de la pièce est "smoking like a serb" - et je peux vous affirmer que c'est vrai ! Côté musique c'est plutôt bien par contre : guitare et violon se superposent, ambiance expérimentale, lente, cela permet à la fois de donner plus de relief au texte que j'ai du mal à suivre, mais aussi de s'en échapper, ou de s'échapper, simplement - c'est paradoxal, c'est intéressant, c'est très bien comme ça. Après le spectacle j'émets des doutes quant au texte de Sarah Kane, une actrice va éclairer ma lanterne. À l'extérieur (de l'air! enfin) elle m'explique sa vision du texte, ce que voulait nous dire Sarah Kane. Et c'est d'amour qu'elle nous parle, et de mort. De la mort de l'amour. De l'histoire qui tourne en rond, des erreurs à répétitions. Pour Sarah Kane l'histoire s'arrête en 1999, un an après avoir écrit cette pièce, à 28 ans. Elle laisse donc une voix, la sienne, passer par d'autres à travers le monde - et de me remémorer ces mots de Roland Barthes : "Il n'y a aucune voix humaine qui ne soit objet de désir - ou de répulsion : il n'y a pas de voix neutre - et si parfois ce neutre, ce blanc de la voix advient, c'est pour nous une grande terreur, comme si nous découvrions avec effroi un monde figé où le désir serait mort".  La spontanéité et la motivation de l'actrice m'aident à me réjouir de cette expérience, et je me promets de relire les pièces de Sarah Kane sous peu. Je me rappelle aussi d'un essai sur la dramaturge paru il y a peu aux Presses du Réel - il faudra le lire ! et on finit tous à boire des coups jusque tard. Et puis il faut rentrer - deux heures de voiture dans la nuit. Un arrêt sur une aire d'autoroute où une femme visiblement perdue demande son chemin à la plupart des voitures qui y font une halte, passant du serbe à un français à l'accent (dé)chantant du sud - comment peut-on se perdre sur une autoroute ? surréaliste. On repart, je m'endors. Réveil à Novy Sad, la nuit, sommeil, lit, ténèbres...

à suivre ...

 

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02/09/2012

Voyage en Serbie (5)

Vendredi 20 juillet, au revoir Belgrade, bonjour Novy Sad, …

Grasse matinée, rangement de l'appartement, sac à dos fermé, et me voilà prêt pour partir à Novy Sad. Bojan va m'y conduire. Je le retrouve donc avec son amie sur la Place de la République. Il fait très chaud, il est 13h00, on a beaucoup de temps devant nous, j'en profite donc pour me faire balader. Premiêre station : un magasin de disque proche de la place. J'avais imaginé une de ces échoppes indépendantes, délabrée, remplie de disques improbables, de vinyles usés, de posters en loque sur les murs, et bien non. L'endroit où on m'emmène est un grand magasin sur plusieurs étages, avec des livres, beaucoup, et un emplacement pour les disques, en sous-sol. Peu de disques en somme... l'habituelle plétore de groupes états.-uniens et anglo-saxons qu'on trouve partout et que de jeunes trentenaires occidentaux, bien renseignés et très originaux, osent définir comme "indé'" (indépendant) ou pire encore : alternatif. Bah. En découvrant un coin avec des films en DVD je m'empresse de demander s'ils ont encore Walter Brani Sarajevo. Et Non, dommage... Je découvre toutefois avec bonheur le rayon des groupes locaux, très nombreux. De la pop, majoritairement, mais aussi du jazz moderne, des compilations de groupes yougoslaves des années 80, entre punk et new-wave, et surtout un mélange de formations issus des quatre coins de l'ex-yougoslavie : des croates, des slovènes, serbes, monté-negrins, bosniaques, tous dans le même bac! Il y a un groupe qui s'apelle Eva Braun. Je me fais confirmer qu'il s'agit bien du nom du groupe - Oui, oui, me dit-on, c'est de la brit-pop, très connu en Serbie. Je vais plutôt acheter deux disques avec des noms moins sulfureux : Urban&4 parce que leurban4_kundera.jpg nom de leur EP me plait - Kundera - et Goribor des croates qui font du jazz aux réminiscences électroniques flirtant parfois avec le trip-hop. Cependant, je ne découvrirais la musique de ces deux groupes qu'une fois revenu en Suisse, jusque là je suis obligé de l'imaginer par les pochettes et le peu d'informations que je peux glaner sur les pochettes. Urban&4 s'est avéré une choix intéressant. Quelque peu rigide (la boîte à rythme), leur musique à de bon relent new-wave, la voix masculine se veut suave, entêtante, on les dirait presque influencé par la musique gothique des années 80 avec un côté plus mystique, et plus actuel. Pas mal du tout. Goribor est trop jazz pour moi, dommage, mais pas inintéressant. Bonne pêche en tout cas. Après ça une dernière salade dans un petit café-restaurant surplombant le Danube, et on se met finalement en route pour Novy Sad.

 

Si la vie est relativement (très) bon marché en serbie, le salaire moyen y est très bas, évidemment : l'équivalent de 300.- euros. Et paradoxalement, le péage autoroutier est très chèr, alors que l'état de l'autoroute laisse, elle, plutôt à désirer. Comme je suis de passage, et vertainement dans l'idée de m'impressioner, on a organisé un superbe bouchon rien que pour moi, avec plein d'acteurs. Au lieu de faire les 80 kilomètres qui sépare la capitale à Novy Sad en trois quart d'heures, il nous en faudra presque le double. Arrivé à Novy Sad je cherche mon hôtel et découvre celui-ci dans une superbe petite cour intérieure proche de la rue piettone Smaj Jovina. Bordée de café, cette longue rue est située au centre de la ville, elle y est son coeur, son noyau d'activité principale pour sortir le soir, ou faire du shopping le jour. C'est très joli, très plat, il y règne une atmosphère vraiment apaisante, très agréable. Seconde ville de Serbie, Novy Sad est actuellement la ville où tout le monde aimerait habiter en Serbie. Je les comprend un peu. Il y a quelque chose de l'Italie du nord, d'Austro-hongrois aussi. C'est vraiment bien. On passe en vitesse au club P1020251.JPGCK13 où jouera ce soir Orkestar Gradovi Utočišta. Je rencontre le responsable de ce centre culturel alternatif visiblement très heureux d'accueillir un "touriste suisse". Visite des lieux : salle de concert, bar, petite bilbiothèque alternative, atelier pour les résidences d'artistes. Le concert de ce soir a lieu dans la cour étrangement décorée (voir photo), en plein air, puisqu'il fait si chaud. On m'explique aussi que les bénévoles qui travaillent dans ce centre sont vegans, une position très alternative en Serbie où l'on mange très volontiers de la viande. Et en parlant de nourriturre, il fait faim. On revient vers le centre situé à dix minutes à peine et à pied du ck13. Tout près de la place principale je découvre par hasard le café Atina où il fait bon prendre une salade avec une bière. Le cadre est magnifique, et les propositions culinaires alléchantes, surtout les gâteaux. Mais comme le temps passe vite, il me faut repartir vers le club.

 

Orkestar Gradovi Utočišta a été fondé par  Ivan Čkonjević, qui habitait auparavant Belgrade mais est venu retrouver son aimée à Novy Sad. Comme il aime le raconter, son déplacement vers la seconde ville de Serbie a d'abord été un traumatisme. En Orkestar.jpgeffet ses concerts solo à Belgrade attirait toujours 100 à 150 personnes, mais lors de sa première prestation à Novy Sad c'est seulement 15 personnes qui vinrent le voir. Sa carrière musicale était terminée - du moins l'a t'il cru pendant quelques jours. Heureusement la motivation est revenue rapidement, et c'est avec cet ensemble qu'il compte maintenant faire parler de lui. La musique se situe quelque part entre le post-rock et la musique de chambre. Ivan compose et joue de la guitare, et ce soir il est accompagné de Bojan à l'accordéon, l'excellent Bora aux percussions, ainsi que deux jeunes musiciennes : Milica pour le violoncelle, et Tijana au violon. Le cadre du concert est fantatsique, et pas moins d'une cinquantaine de personnes sont présentes pour assister à ce concert plein air. Je suis ravi. Les nouvelles compostions, travaillées en groupe cette fois sont encore supérieure aux titres les plus anciens. Pour l'anecdote, lorsqu'Ivan m'a contacté pour l'aider à sortir un disque, je lui ai répondu positivement, puis lui ai envoyé quelques disques de mon label, dont le premier album de Goodbye Ivan. Lorsque le musicien serbe a découvert ce disque il a pris le nom comme un message et a cru que notre collaboration s'arrêtait là : Goodbye Ivan, ah ! Heureusement non. Après le concert je fais connaissance avec quelques personnes, dont une enseignante d'anglais et d'allemand, ce qui me permet de converser un peu dans la langue de Goethe pour changer de mon anglais incertain et de mon serbe inexistant. On se déplace ensuite chez Ivan et son amie Daniela, avec quelques membres du groupe. Le Raki coule à flot pendant que nous parlons de la situation de la Grèce, de l'Europe, de possibles et futures concerts, de Sixteen Horse Power, et d'une multitude d'autres choses que l'alcool me fait rapidement oublier.

à suivre ...

13/08/2012

Voyage en Serbie (4)

jeudi 19 juillet, les montagnes serbes ...

Après avoir fait le choix judicieux de passer la grande partie de la matinée dans mon appartement, et pour ne pas tomber dans la routine, je décide ce jeudi après-midi de sortir de Belgrade. Je me fais conduire en voiture à la colline d'Avala après avoir constaté qu'il fallait prendre le tram et divers bus pour y arriver. L'aventure ce sera pour demain, ou samedi... le chauffeur de taxi me vante la région, les prix modérés pour l'achat d'une maison, me parle du piteux état de l'économie serbe, des faibles exportations, et me recommande la Macédoine proche, ainsi que la Grèce, mais moins la Croatie où les gens - à ses dires - profitent un peu trop du tourisme et ne sont pas toujours très sympathiques. Je vérifierai à l'occasion, on est arrivé. Belle journée, trente degrés, sans vent, la fraîcheur de la forêt n'est pas seulement la bienvenue - elle est quasi vitale. Un proverbe chinois dit qui veut gravir la montagne commence par le bas - futé... n'empêche, je me trompe légerement de chemin, et j'emprunte la route goudronnée. les 2 kilomètres de marche sont doublés, et la randonnée probablement moins pittoresque que sur le chemin forestier que je découvre à mon arrivée au sommet qui culmine à 500 mètres et quelques... ma mégarde est aussitôt remplacée par l'enchantement de découvrir un P1020239.JPGtrès bel hôtel-restaurant de style 1900 et soviétique à la fois - c'est accueillant en tout cas, et ça respire une autre époque. J'ai ressenti de pareilles émotions en Allemagne de l'est autrefois (mais après la chute du mur quand même) en arrivant dans un petit village sur une route pavée bordée de maisonnettes construites en briques rouges et où, en lieu et place de pont pour passer sur l'autre rive, il fallait prendre un bac qui coûtait 2 marks allemands pour la voiture et 1 mark par passager...  c'est un monde que la globalisation va bientôt engloutir à jamais - mais je m'égare à nouveau, et cette fois dans mon récit ! je continue donc ma route (la bière attendra) en me dirigeant vers la tour de la radio. Bombardée lors des feux d'artifices organisés par l'otan, elle a été reconstruite il y a peu. Chouette. Je paie mon ticket et m'en vais prendre l'ascenceur. Là sont employés pas moins de cinq personnes. Il n'y a pourtant pas foule. Une fois de plus le monsieur dans l'ascenceur est spécialement glauque, il faut dire qu'on grimpe les quelque 150mètres de la tour en un rien de temps, et sans trop sentir l'accélération (ni la décélération). J'en déduis que les employés doivent se relayer régulièrement dans l'ascenceur, la partie la moins passionnante de ce travail probablement. Le panorama est magnifique, jeP1020241.JPG distingue d'un côté la Save qui coule en direction de Belgrade et de l'autre le Danube qui s'en va vers la Bulgarie. C'est beau comme tout et avant de tomber dans un romantisme larmoyant (ah ah), je prends la décision de descendre - c'est l'heure de la bière aussi. De retour à l'hôtel-restaurant Avala je savoure mon breuvage local ('me rappelle plus le nom, désolé, pas une Jelen en tout cas) et je jouis une dernière fois de cette atmosphère surannée: terrasse à colonnes de pierre, reliefs païens, service d'un autre temps (au demeurant fort professionnel), tout ça pour quelques sous... ah, avant de me laisser piéger par la nostalgie je téléphone à mon taxi qui passe me chercher vingt minutes plus tard. Le soir, pour changer, je suis allé dans un de ces de ces grands restaurants pour touristes, avec de la pseudo-cuisine française, c'était pas bien, j'ai regretté, j'aurais donné beaucoup pour m'envoyer un bon beurek au fromage. Pas grave, on ne m'y reprendra plus, et demain départ pour Novy Sad!

à suivre ...

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05/08/2012

Voyage en Serbie (3)

Mercredi 18 juillet, veni, vidi, Dimitri …

Il faut donner du temps au temps dit Cervantès, et Proust déclare aussi justement que les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme. Deux journées à Belgrade auront suffi à me faire perdre la notion de ce temps qui me manque tant à Genève. Le rêve. Je suis en mode aléatoire, en pleine dérive, et cette nouvelle journée peut commencer par un vrai déjeuner qu'il me faut alors quérir sur la Knez Mihailova, la rue piétonne où se côtoient boutiques chics et galeries d'art ainsi que de nombreux musées en phase de ré-ouverture annoncée parfois depuis quelques années. Knez Mihailova est aussi le lieu favori d'une sorte de jet-set belgradoise dont la représentation type est la jeune fille en fleur se distinguant par le port d'une robe ravissante, à l'allure inabordable, lunettes noires sur le nez dans une pose impériale. En bordure de cette rue c'est le nom d'un café qui  attire subitement mon attention : Petit Prince (Mali Princ). J'y vois un signe, je m'y assieds et, ô bonheur, la carte propose de nombreux pains maison, sandwichs divers et croissants appétissants. C'est Byzance à Belgrade, ce qui, au regard de l'histoire, est, somme toute, parfaitement normal.

Après avoir comblé mon estomac, c'est mon désir de culture qu'il s'agit de satisfaire et je pars découvrir le musée Zepter et sa collection d'art contemporain serbe. Une erreur d'appréciation des bâtiments me fait entrer dans une galerie qui expose, à ma grande surprise, Petar Omcikous, peintre serbe dont nous possédons quelques tableaux à la librairie. L'ahurissement parvient à son comble lorsque je tombe face à face avec le portrait de Dimitri, de son vrai nom Vladimir Dimitrijevic, grandP1020231.JPG éditeur (L'Âge d'Homme) et propriétaire de la librairie, décédé le 28 juin 2011 dans un accident de voiture. Je vais immédiatement demander le droit de me prendre en photo près du tableau, ne négligeant aucun détail quant à cette heureuse coïncidence qui me fait me retrouver là juste devant le portrait de celui qui m'a engagé deux ans et demi plus tôt, me faisant immédiatement l'éloge du peintre Petar Omcikous. Plus ennuyé que médusé par mon histoire, le gardien se contente d'une réponse laconique : Faites donc ce que vous voulez ... ce que je m'empresse de faire, puis je visite l'exposition composée principalement de portraits réalisés depuis les années 50 jusqu'au plus récent, effectué en 2010 si mon souvenir est bon. Passé du figuralisme à l'abstraction, pour revenir au figuralisme, le style d'Omcikous approche son paroxysme dans ses portraits. J'aime particulièrement celui de l'écrivain genevois Georges Haldas en rêveur mélancolique qui cherche ses pensées perdues dans un halo verdâtre de fin de journée de juin. C'est une belle exposition qui me donne envie, dès mon retour à Genève, de me plonger dans la lecture du livre sur Omcikous signé Milija Belic et édité à l'Âge d'Homme. Après ça, le musée Zepter, pour intéressant qu'il soit, ne me laissera pas de grands souvenirs. Par contre à sa sortie je jette un oeil à la petite librairie qui jouxte l'entrée du musée et j'y découvre un excellent choix (en serbe) de littérature. W.G.Sebald, Hannah Arendt, Walter Benjamin, et bien d'autres grands noms, honorablement exposés à l'instar des nouveautés vulgaires qui encombrent habituellement les étals des libraires peu inspirés... chapeau  bas.

Un petit tour à la plage puis retour en ville pour mon premier rendez-vous avec les autochtones, à savoir Bojan, jeune accordéoniste du formidable groupe de post-rock baroque Orkestar "Gradovi utočišta" (voir Vendredi 20 Juillet), qui m'emmène sur les remparts de la forteresse Kalemgdan qui surplombe le Danube et la Save, bel endroit ouvert toute la nuit et possédant quelques terrasses avec des cafés. Ce soir-là a lieu le vernissage du CD 2titres artisanal de Lula Mae, une formation où Bojan joue de l'harmonica. Si l'originalité de Lula Mae n'est pas à chercher dans sa musique qui digère bien les influences pop indé' anglo-saxonnes comme de très lula mae.jpgnombreux groupes européens, sa saveur se trouve plutôt dans la voix de sa chanteuse et la langue, le serbe, dont les sonorités se font ici plus délicates. Mais ce soir le groupe ne joue pas. En effet Milica, Zorana et Bojan se relaient aux platines pour une sélection musicale incluant bien sûr leurs propres titres, mais aussi Elliott Smith, Johnny Cash, The National et bien d'autres jolies choses. La soirée se prolonge juqu'à minuit, à boire des canettes de bière sans manger dans une ambiance sympathique, à parler de la Suisse et de la Serbie avec Bojan et ses amies Mina et Maria. Passablement éméché je vais me prendre un Giros plein de frites au retour. Le lendemain j'ai un peu mal aux cheveux et le Giros au poulet laisse quand même un drôle de goût dans le bec...

À suivre ...