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09/02/2014

La carte postale du jour ...

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Fabuleuse ré-édition du premier album de Durutti Column dont la musique douce et mélancolique contraste avec sa pochette recouverte de papier sablé - clin d’œil affirmé aux situationnistes -, pochette dont l'objectif était de ruiner tous les autres disques avec lesquels elle rentrait en contact ; et pendant que Vini Reilly égrène ses notes de guitares sur Sketch for Winter, je relis pour la énième fois Autoportrait d'Édouard Levé, picorant de-ci de-là les lignes suivantes : "J'ai pleuré en lisant Perfecto de Thierry Fourreau. Toutes les musiques de Daniel Darc, Durutti Column, Portishead, des Doors et Dominique A me conviennent. Je regarde des films à la télévisions sans l'avoir prévu, il est donc exceptionnel que je voie un film en entier. Je ne crois pas au cinéma de fiction, seuls quatre films m'ont marqué, La vie à l'envers d'Alain Jessua, Le Diable probablement de Robert Bresson, La Maman et la Putain et Une sale histoire de Jean Eustache, certains autres films m'ont distrait ou ému, mais je ne leur accorde pas de crédit. Mes musiciens préférés sont Bach et Debussy. Adolescent je croyait que La Vie mode d'emploi m'aiderait à vivre, et Suicide mode d'emploi à mourir. Je peux me passer de musique, d'art, d'architecture, de danse, de théâtre, de cinéma, je me passe difficilement de photographie, je ne me passe pas de littérature. J'aime imiter l'accent d'un Allemand d'origine vietnamienne s'efforçant de parler anglais. Je passais devant une galerie dont je ne savais pas qu'elle avait fait faillite, depuis le trottoir j'ai vu une installation qui m'a immédiatement donner envie d'entrer, un mannequin de vitrine grossièrement transformé en évangéliste prodigait la bonne parole à d'autres mannequins habillés en tenues supposées contemporaines, autour, il y avait, on ne sais pourquoi, une charrue, un coucou, et un poster de la Jamaïque, ce n'est qu'une fois entré que j'ai compris que la galerie avait été remplacée par un centre mormon, et que l'"installation" n'étais pas une parodie."

05/02/2014

La carte postale du jour ...

mercredi 5 février 2014.jpg

bonjour ô monde cruel... la bande sonore angoissante des Tindersticks colle à merveille avec ma lecture du moment, à savoir Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, un petit livre beau et tragique ( je recherche une copie du film - avec Noiret - désespérément ! ) : "Les ouvriers déchiraient les paquets, en tiraient des livres tout neufs, arrachaient les couvertures et jetaient leurs entrailles sur le tapis ; et les livres, en tombant, s'ouvraient ça et là, mais personne ne feuilletait leurs pages. C'était du reste bien impossible, la chaîne ne souffrait pas d'arrêt comme j'aimais à en faire au-dessus de ma presse. Voilà donc le travail inhumain qu'on abattait à Bubny, cela me faisait penser à la pêche au chalut, au tri des poissons qui finissent sur les chaînes des conserveries cachées dans le ventre du bateau, et tous les poissons, tous les livres se valent... Enhardi, je me hasardai à grimper sur la plate-forme qui entourait la cuve ; oui, vraiment, je m'y promenais comme à la brasserie de Smichov où l'on brasse en une fois cinq cents hectolitres de bière, appuyé à la rampe comme sur l’échafaudage d'une maison en construction je baissais les yeux sur la salle ; comme dans une centrale électrique, le tableau de commande brillait d'une dizaines de boutons de toutes les couleurs, et la vis tassait, pressurait ces rebuts avec autant de force que lorsqu'on serre un ticket de tram entre ses doigts sans y penser. Épouvanté, je regardais autour de moi ; le soleil éclairait les vêtements des ouvriers, leurs pulls, leurs casquettes se perdaient dans une débauche de couleurs, criardes comme les plumes d'oiseaux étranges et bariolés, des perroquets, des loriots ou des martins-pêcheurs. Ce n'était pas cela qui me glaçait ; en l'espace d'une seconde, je sus exactement que cette gigantesque presse allait porter un coup mortel à toutes les autres, une ère nouvelle s'ouvrait dans ma spécialité, avec des êtres différents, une autre façon de travailler. Fini les menues joies, les ouvrages jetés par erreur ! Fini le bon temps des vieux presseurs comme moi, tous instruits malgré eux ! C'était une autre façon de penser... Même si l'on donnait, en prime, à ces ouvriers un exemplaire de tous les chargement, c'était ma fin à moi, la fin de mes amis, de nos bibliothèques entières de livres sauvés dans les dépôts avec l'espoir fou d'y trouver la possibilité d'un changement qualitatif. Mais ce qui m'acheva, ce fut de voir ces jeunes, jambes écartées, main sur la hanche, boire goulûment à la bouteille du lait ou du coca-cola ; elle était bien finie, l'époque où le vieil ouvrier, sale, épuisé, se bagarrait à pleines mains, à bras-le-corps, avec la matière ! Une ère nouvelle venait de commencer, avec ses hommes nouveaux, ses méthodes nouvelles et, quelle horreur, ses litres de lait qu'on buvait au travail alors que chacun sait qu'une vache préférait crever de soif plutôt que d'en avaler une gorgée."

25/12/2013

La carte postale du jour ...

mercredi 25 décembre 2013.jpg

l'une des mes pochettes de disque favorites et celle du second album de Joy Division. en opposition, l'un des couverture de livre qui m'a le plus répugnée cette fin d'année - et ce probablement pour longtemps! - est celle de Pop Yoga, un livre, pourtant, qui redonne envie de s'intéresser à la culture pop, des Beatles à Joy Division en passant par les films de Kurosawa (Kiyoshi donc). Pop Yoga c'est comme superposer les lectures de Lipstick traces de Greil Marcus et celle du Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier ! Et alors que Ian Curtis déclame sur Atrocity Exhibition "And I picked on the whims of a thousand or more, Still pursuing the path that's been buried for years, All the dead wood from jungles and cities on fire, Can't replace or relate, can't release or repair, Take my hand and I'll show you what was and will be" je lis dans le livre de Pacôme Thiellement : "À quoi peuvent bien "servir" le suicide de Marylin Monroe, l'assassinat de J.F.Kennedy ou la mort accidentelle de Catherine Ballard, la femme de l'auteur (J.G. Ballard), si ce dernier ne peut pas les transfigurer dans une œuvre d'art qui en détourne la puissance sinistre et les magnifie éternellement ? Comme le dit un des personnages du roman (Crash) : "Il tente de relier toutes les choses entre elle - avec cette affaire Kennedy, par exemple. Il veut tuer Kennedy une nouvelle fois, mais d'une façon qui, cette fois, ait un sens." Il y a un écho de cette ambition dans la musique de Joy Division, que Genesis P.Orridge comparera à un jihad esthétique. Le jihad est la guerre que l'homme fait contre lui-même et contre ses instincts pour répondre à l'appel de dieu. Le jihad esthétique est le combat de l'artiste contre ses propres déterminations pour accomplir son œuvre, dans toute sa grandeur et son inactualité, à travers toutes les impossibilités qu'il rencontre, qu'elles viennent du dehors, comme du plus profond de lui-même. Face à ça, la mort n'est plus guère qu'un accident de parcours, une rencontre malheureuse..."

23/12/2012

Nous ne serons plus jamais seuls, de Yann Gonzalez

"Embrasses-moi, comme si c'était la dernière fois" scandait le groupe DAF en 1981...

(cliquez sur la photo pour voir le film depuis le site d'Arte)

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Un peu comme le groupe allemand le faisait avec sa musique énergique et minimale, Yann Gonzalez met en image l'urgence des sentiments de la jeunesse, sublimé en 35mm/noir-blanc dans ce court-métrage admirable. Les corps se meuvent frénétiquement, à l'assault des uns des autres, on se parle avec les yeux, les larmes, les rires, tout ça en plein décallage controlé avec la musique de M83 : éthérée, épique, entétante. Au final, le lever de soleil, la nostalgie d'une jeunesse qui se dilapide (dixit DAF), alors que tout peut recommencer ... Love will tear us apart, again, and again.

Pendant le tournage Yann Gonzales fait danser ses ados sur "A forrest" de The Cure et "A sea within a sea" de The Horrors, preuve une fois encore de son bon goût musical, en plus d'un certain sens de l'esthétique.

17:12 Publié dans Blog, Film, Musique | Lien permanent | Commentaires (0)